Parcours Découverte

Bienvenue dans le monde du cinéma documentaire !

Vous y découvrirez des points de vue d’auteurs, une grande liberté de création et des formes très diverses, loin de tout ce à quoi nos yeux de spectateurs de télévision ou de fiction sont habitués. Cela peut surprendre ou déconcerter, alors pour accompagner vos premiers pas dans cet univers et favoriser vos découvertes, l’équipe de Tënk a conçu ce parcours. Quatre films, courts ou longs, pour lesquels nous vous donnons quelques pistes de lecture, pour vous encourager à entrer dans ces nouvelles formes et vous entraîner dans le plaisir du visionnage !

On n’aura jamais vu soldat aussi rempli d’envie ! Anaïs mène une rude guerre, mais il semblerait à la voir que de combat en combat son énergie s’accroît. La jeune femme, rien dans les poches, mains dans la terre, terre sous les ongles, nous attrape et nous entraîne à sa suite. Parvenir à faire pousser des herbes aromatiques devient pendant 45 minutes notre objectif, avec elle. Avec elle, nous avons les pieds dans la boue et la tête dans les feuillages…

La force qui nous embarque est non seulement celle d’Anaïs mais aussi celle du film lui-même : pour cette première étape de notre parcours, nous avons eu envie de vous emmener dans un film de personnage. Un film de rencontre. Celle d’Anaïs avec Marion Gervais, réalisatrice du film. Le documentaire, c’est cela, souvent : des rencontres. Et c’est une histoire de regard : un réalisateur sait voir, derrière la personne, derrière la rencontre du quotidien, ce qui en fera un vrai personnage de film, c’est-à-dire un personnage extraordinaire.

Anaïs s’en va-t-en guerre choisit une forme documentaire simple, le "cinéma direct" : la réalisatrice est là, souvent, dans la vie de son personnage, elle lui colle aux basques et capte ce qui advient. Ce qui naît alors est un film qui joue sur un processus très classique de tout cinéma - et de grand nombre de fictions en particulier : l’identification.

La caractère d’Anaïs nous plait, évidemment : décidée, battante, fonceuse, têtue ! Mais en construisant son film, Marion Gervais ne fait pas que rendre compte de manière objective : elle construit le personnage d’Anaïs pour que celle-ci capte notre attention de spectateur. Par le montage, une histoire nous est racontée, de manière très naturelle, une histoire qui tient, comme toutes les histoires, comme beaucoup de films, à des obstacles, du suspense, de la drôlerie, des émotions contrastées, de la force !

Nous vous invitons donc à passer vos prochains 3/4 d’heure avec Anaïs. Laissez-vous prendre dans son énergie !

Vous connaissez très bien ce sentiment de l’ascenseur. Celui qui fait que deux personnes, par leur proximité contrainte et le relatif silence d’une minute à peine, n’osent pas se regarder. Ni se dire un mot. Comme une sorte de geste révolutionnaire, Marc Isaacs a choisi pour Lift de mettre les pieds dans le plat : regarder ses voisins d'ascenseur. Avec cette particularité de les filmer.

C’est encore du cinéma direct. Un genre relativement récent, né dans les années 60, à un moment où les réalisateurs avaient envie de descendre dans la rue et où les outils techniques (caméras, enregistreurs) l’ont permis. Lift date de 2001, et il est filmé de la sorte, comme Anaïs s’en va-t-en guerre. Mais son réalisateur ne descend pourtant pas dans la rue. Ni dans des champs bretons. Il ne suit pas non plus un personnage. Son choix se fait sur autre chose. Une contrainte voulue, auto-imposée. Marc Isaacs choisit de filmer dans un ascenseur, un seul, celui de son immeuble.

C’est connu : tout comme dans les jeux littéraires de l’Oulipo, la contrainte apporte de la créativité ! Ici, l’exiguïté du lieu de tournage, réduit à 2 mètres carrés, et la proximité obligée avec les personnages crée avec eux un rapport inédit, parfois dérangeant et souvent drôle !

Un court métrage au choix de réalisation radical, mais qui laisse beaucoup de place à l’humain et aux rencontres, aussi furtives soient-elles.

Un jeune homme de banlieue cache sa passion pour le théâtre aux yeux de son cercle familial et amical… Originaire de la cité des 3000 d’Aulnay-sous-bois, Steve est inscrit dans un prestigieux cours parisien. Tous les jours il fait le trajet vers l’intra-muros, en secret pour ses proches, et en complet décalage par rapport à ses camarades de promotion… Un vrai scénario de fiction ! C’est sur ces éléments dramatiques très puissants que se base le récit du film, comme une sous-couche à très forte tension. Une tension qui habite le personnage et le film lui-même : comment Steve va-t-il se dépêtrer de cette situation intenable ?

Cette troisième étape de notre parcours est à nouveau un film résolument tourné vers son personnage. Mais il fait un petit détour, car il met aussi en scène, davantage que Anaïs s’en va-t-en guerre, la relation de la réalisatrice à Steve. Comme s’il était vain de dissimuler le processus de fabrication du film et ce qui a fait qu’Alice Diop est allée vers cette personne en particulier. Cette relation-même fait partie du film : on se rend compte ici que par le choix de son personnage la réalisatrice a pu se mettre en scène elle-même, et peut-être aussi un peu de son propre parcours...

Sautera, sautera pas ?
Voilà le sujet de Hopptornet ! On y regarde des hommes et des femmes qui montent sur la plateforme d’un plongeoir de piscine. Et qui hésitent. Et sautent. Ou pas. C’est une passionnante plongée dans le cerveau humain ! C’est drôle et touchant ! On y voit les fragilités soudain mises à nu, les caractères qui se révèlent en se confrontant au vide… Et cela en 15 minutes, dans un lieu unique, en plans fixes et frontaux !

Le documentaire est aussi (et surtout ?) un lieu d’expérimentation sur la forme. On se donne le droit d’inventer. Parfois la forme et le fond sont l’œuf et la poule : on ne sait lequel vient en premier. Le cas de Hopptornet est pour cela parlant. S’il s’agit bien de capter quelque chose d’existant, comme dans la plupart des documentaires classiques, le choix qu’ont fait ici les réalisateurs est si radical qu’il devient aussi un des attraits du film. Lift s’amusait en se posant lui-même une contrainte, sans sujet particulier a priori. Ici il y a bien un sujet, mais il est minimaliste, et Hopptornet choisit une forme stricte : des cadres fixes. Un point de vue quasi-unique. La répétition des actions. Une durée courte, qui permet de ne rien délayer, d’aller vers la meilleure efficacité. Que les micros soient dans le champ de la caméra n’est pas un problème : on ne cherche pas à cacher la mise en scène. Tous ces choix on été faits ici dans un seul but : accéder à quelque chose qui n’est pas visible, qui se passe dans les profondeurs du cerveau, où le caractère personnel, la représentation, la fierté… tout ce qui fonde une personne est mis en jeu et condensé… Quel autre moyen que la liberté du documentaire pour traiter d’un tel sujet ?