Filmer, disent-elles!

"Prendre la parole ! Lutter ! Filmer !" disent-elles. À l’invitation de Tënk, la revue Panthère Première programme six films pour une Escale qui vous déplace à travers l’inventivité des cinémas féministes.

Pour ouvrir de nouveaux espaces, trouver d’autres moyens de se faire entendre et proposer des récits qui transforment le monde, il est parfois nécessaire de faire des détours. Pas de côté, facéties, voyages et dystopies font exister les voix précaires, mettent à jour des rapports de domination, contre-informent et réinventent. Les films de cette programmation, par leur radicalité formelle ou leur inventivité cinématographique, sont féministes de façon tour à tour poétique, militante ou discursive. En jouant avec le réel, la fiction et l'expérimentation, ils racontent des émancipations en cours, des énergies rebelles et des joies frondeuses. Par la parole ou l'action, dans l'échange et le collectif, les femmes de ces films, aussi bien que les œuvres elles-mêmes, s'affranchissent des normes en vigueur et les subvertissent.

Lorsque la critique féministe des années 1970 a ouvert le champ de l'intime à celui du politique dans le monde dit occidental, ce qui était jusque-là associé au privé devient un sujet d'exploration, de compréhension et de remise en question du monde. À cette période, certaines artistes conçoivent des performances interrogeant les rôles assignés à la femme dans la vie domestique. Usant de l’ironie et du détournement, ces stratégies féministes font voir l'invisible. Parallèlement, le format vidéo, parce qu'il est léger et abordable, permet aux femmes d'aller sur le terrain documentaire, de raconter par elles-mêmes, et de diffuser facilement les œuvres en contexte militant.

Contemporains ou héritiers de cette époque et de sa géographie, les six films que réunit la programmation sont travaillés par les inégalités de genre à l’œuvre dans la sphère de l'intime. Certains questionnent les représentations, les imaginaires portés par les récits séculaires. D’autres, en nommant les privilèges, critiquent les évidences d'un pouvoir blanc et patriarcal, comme celles induites par les normes hétérosexuelles dominantes. Tous, ils se fabriquent d’autres outils, renouvellent les usages des images et des genres filmiques – quitte à emprunter la voie de la mise en scène, de la fiction, du conte, pour formuler l'existence d'autres mondes, pour agrandir l’horizon du réel.

Conversations, débats, correspondances : la parole est centrale. La réflexion opère à la faveur de discussions entre femmes. Ces moments en non-mixité choisie sont autant d’espaces où chacune peut se construire en confiance, se réapproprier le monde – avant d'y retourner. Se sentir devenir sœurs – sororiser – pour agir, et réagir. Ces six films apprennent à voir et à marcher la nuit, à détourner les histoires, à se saisir de ce qu’être femmes signifie pour nos mères et nos filles comme pour celles qui nous sont lointaines, et à construire, à plusieurs, de nouveaux possibles.

Charlène Dinhut et Charlotte Ferchaud, pour Panthère Première


LES PROGRAMMATRICES

CHARLÈNE DINHUT


Programmatrice et commissaire d'exposition, Charlène Dinhut a travaillé au sein de structures du champ de l'art, du film et de la poésie (Les Laboratoires d'Aubervilliers, Le Musée de la Chasse et de la Nature, ...). Elle est actuellement programmatrice au Centre Pompidou où, après avoir œuvré au festival Hors Pistes, elle développe des projets dans le domaine des arts visuels. Ses différentes activités explorent notamment le film, les gestes documentaires, leurs histoires comme leurs développements actuels ainsi que les pratiques artistiques liées à la recherche.

CHARLOTTE FERCHAUD

Charlotte Ferchaud fait partie du comité éditorial de la revue Panthère Première, et vit à Marseille. Panthère Première est une revue papier indépendante de critique sociale, lancée en septembre 2017 par un collectif constitué d'une dizaine de femmes. Les papiers publiés chaque semestre (enquêtes, réflexions, récits, poésie, images) se situent à l'intersection entre ce qui est d'ordinaire relégué aux tréfonds de l'intime (famille, enfance, habitat, corps, maladie, sexualités) et de ce qui serait uniquement envisagé sous l'angle de systèmes (État, industrie, travail, colonialisme, rapports de genre).

> En savoir plus sur Panthère Première