Déclics !

La photo, matière à cinéma
3 cinéastes invités, 3 cartes blanches, 6 films.

"Il ne s’agit jamais pour un cinéaste de donner à voir, ou à revoir, aux spectateurs une ou des images. Il s’agit plutôt de traduire l’expérience d’un regard singulier, celui du cinéaste, sur des images." (Jean-Gabriel Périot à propos de "Je vous salue, Sarajevo" de Jean-Luc Godard)

À l'occasion des Rencontres de la photographie d'Arles, nous avons choisi de programmer Jean-Gabriel Périot, Olivier Smolders et Henri-François Imbert. Ces trois cinéastes ont placé la photographie au cœur de leur cinéma. Plus que simple matériau, elle devient la trame de leurs films, de leur dramaturgie. Elles en irriguent le langage.

En écho à son film, chaque réalisateur programme une carte blanche : œuvre qui l’a inspiré ou a nourri sa réflexion sur le rapport entre image fixe et cinéma. En partageant ici leur avis, ils nous offrent leurs regards, leurs références, leurs "déclics !" Quand ils nous parlent des auteurs qu'ils ont choisi, c'est souvent leur démarche qui se révèle.

Voix off, rythme du montage, répétition ou recadrage des photos… Chacun à sa façon fait se rencontrer cinéma et image fixe : L'un produit du temps et du mouvement, l'autre fige un moment unique dans un éternel instant.
Loin d'être un jeu à somme nulle, c'est cette rencontre entre deux langages qui nous intéresse ici. Quelle alchimie est-elle capable de produire ?
Actes d'appropriation et de transformation des images photographiques, ces films nous questionnent sur la mémoire, la vérité et, au final, sur les images elles-mêmes.

Habitué à manier les archives, Jean-Gabriel Périot présente "Je vous salue, Sarajevo". Objet cinématographique d'à peine plus de 2 minutes dans lequel Jean-Luc Godard s'empare d'une image réalisée par le photographe de presse Ron Haviv au début de la guerre de Bosnie : « C'est un film inépuisable : on peut le regarder en boucle, on le voit alors, on l’entend, on le comprend toujours plus précisément mais on n’en saisit pourtant jamais toute la complexité. Un pur cristal, ou des éclats d’un miroir sur le sol, où se reflètent et se diffractent l’histoire, l’image, la politique, l’éthique, l’art, la mort et la vie elle-même. »

Olivier Smolders programme "Universal Hotel", un film rare, pour la première fois traduit en français, où l'américain Peter Thompson nous plonge dans plusieurs années d'enquête sur des photos réalisées lors d'expérience nazies à Dachau : « "La Part de L’ombre"et "Axoltol" que j’ai réalisés avec la collaboration du photographe Jean-François Spricigo, participent de cette volonté de travailler l’image fixe dans un flux narratif, entre vérité historique et imaginaire, immobilité et mouvement, mémoire et résilience. »

Henri-François Imbert montre "Spudwrench : l'homme de Kahnawake", dans lequel la réalisatrice amérindienne Alanis Obomsawin poursuit son œuvre sur la lutte des peuples autochtones au Canada : « Parfois, des photographies, des peintures, des gravures (…) entrent en scène. Ce ne sont pas de simples illustrations, mais plutôt des traces, souvenirs enfouis, précieux comme des reliques, et le film qui les abrite devient lui-même une sorte de reliquaire, objet sacré de la mémoire. » Une façon d'interroger la mémoire des peuples qui renvoie à son propre film "No Pasaràn, album souvenir" sur l'accueil réservé par la France aux réfugiés Républicains espagnols en 1939.

Cette programmation est soutenue par la Cinémathèque du documentaire.