Cinéma direct, l'école québécoise

Un autre cinéma possible. C'est l'idée qui agitait une frange de cinéastes à la fin des années 1950, début des années 1960. Un autre cinéma possible, c’est-à-dire une approche différente du réel. Comment l'enregistrer le plus justement possible et comment interagir avec - ou agir sur - lui. Une question primordiale, au-delà du réalisme ontologique que défendait Bazin. Comment représenter le réel ? Et quand bien même, quel réel le cinéma peut-il représenter ? Des questions qui sont à la base de toute réflexion sur le cinéma et qui ne supportent toujours aucune réponse définitive.

C'est ce que l'on a eu appelé Cinéma-vérité en France et dont on situe l'origine dans Chronique d'un été (1961) de Jean Rouch et Edgar Morin. Un film matriciel au générique duquel on retrouve un certain Michel Brault, opérateur et cinéaste québécois. Ce qui n'est pas un hasard, le cinéma québécois ayant amorcé le virage le premier.

Né au cinéma documentaire et infiltrant le cinéma de fiction, le Cinéma direct développé par les cinéastes québécois de l'ONF (l'Office National du Film du Canada) est un jalon important de ces réflexions et une tentative d'y répondre qui portera sur toute la production cinématographique qui suivra. Ou comment, à la question : la vérité est-elle fabriquée ?, des cinéastes ont répondu : la vérité est dans la fabrication.

La première réponse est mécanique et on la doit à Michel Brault qui a mis au point un système de synchronisation entre un Nagra et la fameuse 16 mm Éclair-Coutant. Légèreté, mobilité et son synchrone. Une véritable révolution copernicienne pour le documentaire, dont on a du mal aujourd'hui à imaginer l'impact, et qui a complètement bouleversé le cinéma dans son rapport au réel, à la fois pratique et théorique. Une révolution copernicienne qui va ouvrir une nouvelle écriture cinématographique dont l'esthétique ne peut être départie d'un rapport politique au monde.

En avril et mai 2019, en partenariat avec La Cinémathèque québécoise et l’ONF, et avec le soutien de la Cinémathèque du documentaire, La Cinémathèque de Toulouse a consacré une rétrospective d’une vingtaine de films à cette école essentielle du cinéma.

À retrouver ici, sept films jalons de cette histoire. Golden Gloves, La Lutte, Les Bûcherons de la Manouane et Pour la suite du monde, qui en marquent les débuts et en posent les bases. La Vie heureuse de Léopold Z et On est au coton qui en marquent des tournants. Et La Bête lumineuse qui en marque la fin.


Cette Escale a été programmée par Franck Lubet, responsable de la programmation de La Cinémathèque de Toulouse.

Fondée en 1964 par des cinéphiles passionnés réunis autour de Raymond Borde, membre de la Fédération Internationale des Archives du Film (FIAF) depuis 1965 et actuellement présidée par Robert Guédiguian, la Cinémathèque de Toulouse est l’une des trois principales archives cinématographiques françaises et la deuxième cinémathèque de France. Soutenue par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), la Ville de Toulouse, le Conseil Départemental de la Haute-Garonne et la Région Occitanie, elle conserve 49 026 copies inventoriées, près de 90 000 affiches (première collection d’affiches de cinéma en France), 550 000 photographies, 72 000 dossiers de presse, 15 000 ouvrages sur le cinéma et mène une politique de restauration et de valorisation du patrimoine cinématographique en direction d’un large public.

La Cinémathèque de Toulouse programme environ 800 séances par an, consacrées à des cycles thématiques, des rétrospectives ou des festivals. Elle a accueilli près de 88 900 spectateurs en 2018. Ses 235 fauteuils répartis sur deux salles permettent d’accueillir des ciné-concerts, des rencontres professionnelles, des débats avec des invités, des séances pour le public scolaire, des colloques... Des expositions régulières faisant écho à la programmation sont l’occasion de présenter des pièces rares issues des collections de la Cinémathèque de Toulouse ou de celles de ses homologues étrangers.