Notre projet

 

Projet politique

Tënk est né de l’irrésistible désir de partager notre passion pour le documentaire d’auteur.

L’ambition de Tënk est simple : vous faire (enfin !) découvrir ou redécouvrir des documentaires exceptionnels qui ne rencontraient plus leurs publics, faute de diffusion en dehors des festivals, des écoles et des cercles d’initiés. Films de festival, films rares, grands classiques, création contemporaine, à la marge, internationale, indépendante, tous les documentaires que vous avez toujours voulu voir sans jamais savoir où les trouver… sont sur Tënk.

Les films que nous aimons font figure d’exception dans le flot des images qui traversent nos sociétés. S’ils montrent l’existant, le “réel“, ils revendiquent la subjectivité du regard, la diversité et l’infinie complexité des expériences. Le présent les habite, c’est même leur matière première, mais ils n’ont de cesse de l’inscrire dans le temps long, de le rétablir comme lendemain du passé et comme hier du lendemain. Ils nous instruisent, enfin, mais en faisant appel à notre intelligence du sensible, celle-là même que nous mobilisons face aux œuvres d’art. Ce sont des films qui nous invitent à penser.

Parce que changer le monde est une tâche bien démesurée, le documentaire d’auteur se donne celle, plus modeste, de changer notre regard sur le monde. Ces fragments de vie, d’humanité et de poésie sont autant d’actes d’apprentissage sur nous, sur nos conditions de vie, sur notre rapport aux autres. Le documentaire d’auteur fait appel à la curiosité de tous ; c’est à ce titre que nous vous invitons à y prendre part.

 

 

édito de la programmation

Les Saisons de Tënk

Dès le départ nous avons senti que ces films qui allaient devenir la substance de Tënk ne pouvaient pas subir la catégorisation et le cloisonnement qu'imposaient les cases traditionnelles de programmation de la télévision. Cette nuance ténue nous tenait à cœur. En profitant d'un nouveau médium il nous était possible de tout réinventer, définir notre propre géographie ; c'est ainsi que les plages de Tënk sont apparues. À nos yeux il s'agissait de laisser aller les regards, d'ouvrir les limites et de permettre aux choses de s'organiser selon de nouvelles abscisses et ordonnées. Ces plages, peu à peu, ont pris leurs formes nouvelles, au contact des programmateurs, elles se sont singularisées. Les titres qu'elles portaient, Écoute, Histoire et Politique, Fragments d'une œuvre... qui suggéraient des grandes lignes, ont suivi le mouvement sémantique et tout s'est déplacé. Chaque équipe s'est approprié son espace et a fait de sa « case » une « plage » à part.

Dans l'étendue et la diversité d'une histoire commune du cinéma, chacun a cherché ses balises, des repères dont l'évidence seule permettait d'affirmer une couleur singulière. Les plages se sont ainsi teintées et nous avons pu trouver la formule de Tënk.

Cette saison - disons saison parce que c'est surtout une histoire de couleur - qui s'initie aujourd'hui nous ressemble individuellement et collectivement. Elle contient les particularités de tous et la volonté commune qui nous réunit autour d'un projet d'envergure. Chacune des pièces que nous livrerons semaine après semaine, en s'assemblant dessinera une image subjective de notre monde. L'épreuve d'un monde dans lequel nous vivons et déployons notre regard à un instant précis.

Les films se croisent, s'entremêlent, les formes se répondent. En pleines élections présidentielles, la dimension introspective des Grands événements et des gens ordinaires de Raoul Ruiz qui s'interroge sur sa raison documentaire répond dialectiquement au cinéma direct d'Une partie de campagne de Raymond Depardon. Les essais les plus courts, No News From Home et ses 5 minutes frissonnantes qui livrent les enregistrements des échanges entre les opérateurs hébétés des tours de contrôles le 11 septembre 2011, tient tête aux œuvres au long cours comme le Mafrouza d'Emmanuel Demoris ou À l'Ouest des Rails de Wang Bing.

L'architecture de Tënk est accidentée ; complexe et polymorphe elle ressemble à son époque mais s'en différencie par son refus de croire à une norme et à l'idée d'un grand public qu'elle pourrait contenir partageant les mêmes attentes. Il y a autant de spectateurs que de façon de recevoir où de créer un film. Les plages de Tënk sont des espaces de rencontres, au croisement de regards et de façons de penser le monde.

Tënk est en mouvement, ça vibre et ça bouge et c'est là, dans cette oscillation permanente, à la confluence de tous les regards que se tient pour nous l'image la plus juste et la plus vivante de notre cinéma.

 

Jean-Marie Barbe, Madeline Robert et Pascal Catheland